RECHERCHE & CRÉATION SANS FRONTIERE
DES MEDIAS AUX MEDIATIONS
22-23 octobre 2026 Baia Mare, Roumanie
Centre d’art contemporain — Colonie des peintres
La créativité, du tournant à l’injonction
Le terme de créativité s’est imposé comme référent central des transformations contemporaines, au point d’orienter les politiques publiques, les dispositifs managériaux et les modèles professionnels. Dans le cadre d’un nouveau paradigme créatif sociétal, Pierre Moeglin (2019) montre ainsi que se déploient deux logiques : l’une fait des industries culturelles et créatives un levier de croissance, de cohésion sociale et de redynamisation des secteurs traditionnels, impulsée notamment par les premières politiques britanniques et les rapports de l’Unesco sur les industries culturelles et créatives (ICC) ; l’autre, propre au « tournant créatif », érige la créativité en modèle généralisable à toute la société, sous les mots d’ordre de flexibilité, de design et d’entrepreneuriat.
La dynamique de la nouvelle économie culturelle et créative dépend de clusters d’acteurs individuels ou collectifs (micro entreprises, associations, coopératives, réseaux informels…) dispersés, mais connectés entre eux, au territoire et au monde, multipliant les projets avec des statuts les plus diversifiés, leur permettant de conjuguer des activités marchandes et non marchandes, pour des productions strictement culturelles ou associant des dimensions esthétiques et utilitaires (Rasse, 2022). La référence créative porte au moins cinq promesses (Andonova, 2015) : performance économique et avantage concurrentiel, modernité et innovation, coopération et cocréation, réenchantement du travail, élévation du potentiel humain. Elle tend pourtant à lisser les conflits, à masquer les rapports de force et à produire un consensus de façade autour d’organisations supposées à la fois efficaces, agiles et épanouissantes pour les salariés. Parmi ces organisations, les médias occupent une place à part, au regard d’une convergence croissante entre industries médiatiques et industries créatives, laquelle se traduit à la fois par de nouveaux modes de médiatisation des arts et de la culture (Alexis et De Sciullo, 2024) mais aussi par de nouvelles pratiques journalistiques associant producteurs d’information d’actualité et métiers de la création (Postema, 2024).
Nouveaux territoires de la recherche et de la création
Dans le champ académique, la recherche-création occupe désormais une place centrale dans les recompositions contemporaines des pratiques artistiques, des sciences humaines et sociales, des politiques de formation, mais aussi des dynamiques territoriales. À la croisée de la production artistique, de la recherche scientifique et de l’action culturelle, elle constitue un mode singulier de production de connaissances, fondé sur l’expérimentation, l’hybridation des savoirs et l’articulation entre théorie et pratique. Sa place croissante dans le paysage académique, institutionnel et politique de la recherche montre un ensemble hétérogène de dispositifs, de positionnements épistémologiques (Luciani, 2023).
Tout particulièrement, les études doctorales travaillent ces formes en profondeur dans les écoles d’art et les universités. Leurs réseaux s’organisent pour promouvoir ces nouvelles méthodes composites (voir le Rescam en France). La structuration académique et institutionnelle de la recherche-création interroge ainsi les modèles de formation, de reconnaissance et de financement des artistes-chercheurs et des chercheurs-créateurs, ainsi que les dispositifs nationaux, européens et internationaux encadrant les thèses.
Ce mouvement ouvre à d’autres manières de faire, d’écrire et de parler de la recherche (Becker, 2009), à de nouvelles voies méthodologiques et conceptuelles. Ceci posé, dans un contexte universitaire et politique fortement attaché à la communication des sciences (Bordeaux, 2025), à l’innovation dans les formes de restitution et d’infusion de la recherche en société, une prise de distance critique s’impose. En réunissant chercheurs, artistes, doctorants, responsables institutionnels, acteurs culturels et territoriaux, ce colloque entend favoriser un dialogue interdisciplinaire et international. Il vise à croiser analyses théoriques, études de cas, comparaisons internationales et retours d’expérience, afin de mieux comprendre et d’identifier les leviers permettant de soutenir la diversité des pratiques créatives, au-delà des modèles traditionnels de consécration et de sélection.